Rencontre avec Perchépolis

À l’occasion du lancement de leur nouveau projet : La Mouche sur le cuir, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Perchépolis. Ils nous livrent leur vision de l’évènementiel culturel, décomplexée et iconoclaste. 

 

Bonjour Perchépolis ! Alors, qui êtes-vous ? 

L’avènement de Perchépolis est daté de l’an 2015 selon des sources orales oubliées depuis. Créé à La Perche, au nord de l’Allier, inspiré de l’esprit punk de Marjane Satrapi, le centre de gravité du collectif se situe plutôt autour de Berlin. Squattant un espace de coworking à côté du célèbre Mur, vers Warschauerstr. , les 5 compères de Perchépolis montèrent un réseau de contrebande de DJ Allemands à destination de l’Auvergne, bravant les régulations protectionnistes et les taxes SACEM.

Certains les qualifièrent d’organisateurs de festivals, d’aucun n’osa dire qu’ils étaient « event managers », et en interne on se mit d’accord pour ne pas se limiter à une appellation particulière.

 

Le festival Château Perché, c’était vous. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Château Perché est une fable pour adulte. Une histoire d’amour entre un Français et une Allemande, une belle rencontre entre des labels undergrounds et des châteaux classés monuments historiques.

Château Perché c’est avant tout une volonté de secouer les conservatismes, ceux des vieux politiques qui règnent en barrons et tuent les initiatives des jeunes, des régulations qui plombent ce pays, des ruraux qui n’aiment pas les citadins mais également des citadins qui jetaient un regard dédaigneux sur cette belle campagne.

L’objectif est atteint puisque nous avons vu se former les plus belles amitiés au Château Perché, entre des locaux qui découvraient pour la première fois la techno et des chineurs de house qui découvraient pour la première fois l’Auvergne, entre des propriétaires de château dont le nom se termine par « de Bourbon » et des Allemands dont le nom est imprononçable, entre des jeunes la tête pleine d’idées et des vieux qui ne demandaient qu’à voir ces idées d’un peu plus près.

 

Votre nouveau projet, La Mouche sur le Cuir, ou le premier conceptival, c’est quoi ? 

La Mouche sur le Cuir c’est la phase 2 du plan de reconquête de la liberté dans le milieu de la fête. Avec nos alliés de la ligue des collectifs alternatifs et indépendants nous avons décidé de sortir de l’ombre provinciale et d’envahir une métropole française. Nous frappons fort d’entrée de jeu avec La Sucrière, 130 artistes et 3.000 entrées par jour sur 2 jours.

Notre festival est une véritable campagne politique que l’on propose dans l’entre-deux tours des élections présidentielles (29-30 Avril), avec des Queer Shows, une mise en avant d’artistes LGBT, une ode à la diversité avec de la Techno entrecoupée de musique du monde, de l’expérimentale qu’on écoute pieds-nus. Mais la véritable innovation réside dans le format : on propose en plus du format « pour tous » (concerts et spectacles), un format « individualisé » avec un parcours d’expériences immersives.

Il s’agit d’inclure d’autres disciplines dans ce festival, le théâtre participatif, l’expression corporelle ou l’art digital, pour démontrer qu’il est possible de se prendre des claques de créativité qui sont aussi fortes que les claques des basses d’un concert.

Nous espérons que les ateliers présents à La Mouche sur le Cuir donneront envie aux gens de se dépasser, de sortir de leur zone de confort pour aller expérimenter d’autres façons de s’amuser et de se transcender.

 

Quels outils de communication utilisez-vous principalement ?

Facebook. Facebook. Facebook. Et nos amis de Paperboy, l’équipe la plus efficace de la capitale des Gaules.

 

Comment organisez-vous la communication post-évènements ?

On demande à nos amis photographes les photos et vidéos, on les perd, on en retrouve la moitié, on les met sur Facebook. On demande à un pote de faire un aftermovie. On le poste sur facebook.

 

Quels étaient vos besoins quand le choix de la billetterie a été fait ? Sur quels critères avez-vous choisi YurPlan ?

On a choisi YurPlan parce qu’ils sont sympas et qu’ils sont bien implantés à Lyon. C’est important pour nous de travailler avec des partenaires locaux.

 

Lors de vos précédents événements, comment avez-vous organisé le contrôle des accès ?

Dans un château c’est compliqué, il faut barrièrer tous les jardins, ça fait mal au dos. A la Sucrière c’est facile, c’est en intérieur et il n’y a qu’une porte.

 

Quelles difficultés rencontrez-vous de façon récurrente ou occasionnelle dans l’organisation de vos évènements ? Comment y faites-vous face ?

Le plus gros problème c’est les pouvoirs publics. Le manque de formation et l’amateurisme de la fonction publique locale est une chose. Par exemple, j’ai dû apprendre à un employé de mairie comment faire une recherche dans sa boîte mail. Un jour j’ai envoyé un dossier compressé à un adjoint à la culture, il savait pas ce que c’était. Mais au-delà de ça il y a une culture particulière qui est aux antipodes de la nôtre. Nous on ne prévoit peu de temps à l’avance et on travaille vite. Eux ils font des plannings pluriannuels et des réunions hebdomadaires où ils parlent de la même chose 14 fois.

Les administrateurs sont obsédés par le risque, aucun ne daigne sortir ne serait-ce que de 50cm du chemin tracé de peur que ça lui retombe dessus, et ça se passe et se repasse la balle en déclinant toute responsabilité sur le dossier.

Pour nos projets on a besoin de repères, d’un cadre clair, d’interlocuteurs définis. Et on se retrouve avec en face de nous un flou gigantesque et un manque d’intérêt profond pour nos projets. Par contre quand il y a un problème, on peut être assuré que ça va nous retomber dessus et qu’ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour nous blâmer en tant que jeunes inconscients.

 

Quels conseils avez-vous à donner aux organisateurs pour faire de leurs évènements une réussite ? 

Un conseil : ne vois pas les autres collectifs comme tes ennemis. C’est ensemble qu’on peut faire avancer les choses. N’hésitez pas à demander de l’aide, à poser des questions aux autres organisateurs. C’est incroyable ce que les gens sont prêts à partager et tu peux trouver beaucoup de soutien dans ceux qui devraient être tes « concurrents ».

Nous on a été soutenu et aidé par le Foreztival, alors qu’on est sur la même période d’été qu’eux. Mais dans la culture il n’y a pas de concurrence, il n’y a que des synergies.

 

Avez-vous des anecdotes intéressantes, des fun facts, issus de vos évènements précédents ?

Un jour il y a un mec qui pissait derrière un bar, mais c’était à l’extérieur alors c’était pas cool mais ça va c’était pas la fin du monde. On s’approche de lui pour lui dire de bouger, le mec a eu tellement peur en croyant qu’on était de la sécurité qu’il est parti en courant et s’est jeté dans les ronces en essayant de traverser hors du chemin. Il s’est coincé tout seul, et il était tout griffé de partout le pauvre bougre. Alors on lui a désinfecté ses griffures et on lui a donné un coup à boire.

La morale de cette histoire c’est qu’il faut changer le rapport qu’on a aux festivaliers et changer le rapport qu’ils ont à la sécurité. On est une grande famille, festivaliers et organisateurs on mène un projet ensemble, il faut qu’on se parle et qu’on se respecte. Tu pisses pas derrière mon bar, moi je vais pas embaucher des gorilles qui ne te respecteront pas.

 

Pour finir, comment définiriez-vous l’organisation Perchépolis en une phrase ?

Des idées perchées, des perches de tendues et des Perchés satisfaits.

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